Nouvel atlas linguistique de la Basse-Bretagne

n.c
La Collection Nouvel Atlas Linguistique de Basse-Bretagne (NALBB) rassemble les enregistrements sonores réalisés durant les enquêtes dialectologiques menées entre 1969 et 1997 dans 187 points d'enquêtes en Basse-Bretagne sous la direction de Jean Le Dû. Ces enregistrements ont permit de réaliser 600 cartes (plus de 110 000 formes) publiées en 2001 dans l'ouvrage en deux volumes "Nouvel Atlas Linguistique de Basse-Bretagne" volume 1 et volume 1 ). Voir ci-dessous un extrait de l'introduction du volume 1 et un exemple de carte pour le mot "soleil"

(Texte extrait de l'introduction du premier volume du "Nouvel atlas linguistique de la Basse-Bretagne" par Jean Le Dû.)

Historique

Le premier ouvrage de géographie linguistique bretonne est l’Atlas Linguistique de la Basse-Bretagne (ALBB) de Pierre Le Roux, dont les enquêtes furent réalisées entre 1913 et 1920. La publication des six fascicules de 100 cartes s'est étalée sur une période d'une quarantaine d'années (1924, 1927, 1937, 1943, 1953 et 1963). Son promoteur, Georges Dottin, alors doyen de la Faculté des Lettres de l'Université de Rennes, voulait doter le pays bretonnant d'un instrument comparable à l'Atlas Linguistique de la France (ALF) de Gilliéron et Edmont, dont les points d'enquête couvraient les régions de tradition gallo-romane, y compris en Belgique et en Suisse, tout en laissant de côté les territoires allophones, dont la Basse-Bretagne.

François Falc'hun s'est appuyé sur les quatre premiers fascicules de l'ALBB pour sa thèse L'Histoire de la langue bretonne d'après la géographie linguistique (1951) qui a révolutionné les connaissances sur la langue bretonne par l'application d'une méthode d'analyse originale des cartes. Il a permis de mieux comprendre l'évolution historique de la langue, la manière dont le vocabulaire français s'est introduit le long des routes et a même abouti à la conclusion, controversée à l'époque, que le breton constituait, du moins en partie, la continuation de la langue gauloise. J'avais suivi l'enseignement de François Falc'hun à l'Université de Rennes, et c'est avec enthousiasme que j'acceptai, après ma nomination en 1968 à la section de celtique de la Faculté des Lettres de Brest qu'il dirigeait, de mettre en chantier un Nouvel Atlas Linguistique de la Basse-Bretagne.

Le questionnaire

Mon idée de départ était de m'appuyer, pour une première série d'enquêtes, sur un questionnaire court, composé de questions simples, surtout d'ordre lexical et portant sur un réseau plus dense que celui de l'ALBB. Ce questionnaire s'est un peu modifié à l'usage, ce qui a entraîné la mise en route d'une série d'enquêtes complémentaires. Mon souhait était de mener cette étape à son terme dans un délai relativement bref, afin de pouvoir ensuite faire des enquêtes étendues, sur un réseau moins serré, mais le plus représentatif possible de la variété des usages. Je ne mesurais pas alors l'étendue de la tâche, qui s'est étalée sur une très longue période. La pratique du breton a considérablement diminué depuis le début de l'entreprise, mais il est encore possible de poursuivre le projet.

Le questionnaire porte sur des notions simples et courantes, facilement comparables. Il permettra d'étudier la variation phonétique, morphologique et lexicale. Les données étant informatisées, il sera possible d'en tirer de nombreux enseignements quant à la répartition spatiale des faits. Une équipe de l’École Nationale des Télécommunications de Brest est déjà à l'œuvre. Son travail aboutira à une mise en place des données sur le réseau Internet et à la publication de fascicules de cartes interprétées.

Le réseau

J'ai fixé la densité du réseau à environ une commune sur trois (187 points). Sa répartition prend en compte les obstacles naturels (rivières, hauteurs), ainsi que les situations géographiques particulières (îles, presqu'îles). Le choix des points s'appuie également, dans la mesure du possible, sur l'opinion des témoins quant aux lieux dont le parler diffère de façon sensible du leur. Le hasard des rencontres a aussi, bien entendu, joué un rôle important.

Les enquêteurs

es enquêtes ont été effectuées sur toute la période allant de 1969 à 1997. La plus importante partie a été faite au cours des premières années par moi-même et par plusieurs collaborateurs : d'abord Yves Miossec, de Guiclan, professeur agrégé de Lettres à Brest, puis Bernard Tanguy, originaire de Laniscat, chercheur au CNRS, Jean Ropars, retraité des hôpitaux, habitant Bohars, et, plus tard, Patrick Le Besco, qui a réalisé un grand nombre d'enquêtes supplémentaires dans toute la Basse-Bretagne. Outre ces collaborateurs principaux, je dois mentionner plusieurs amis qui m'ont aidé en enquêtant dans des localités auxquelles ils étaient attachés : Eneour Abiven, Armelle Audic, Georges Belz, Henri Béon, Albert Boché, Guillaume Floch, Daniel Giraudon, Steve Hewitt, Art Hughes, Humphrey Humphreys, Daniel Le Bris, Yves Le Cerf, Michel Le Goff, Michel Philippot, Janine Pira, Jean-Yves Plourin, Yann Riou, Jean Salou, Dominique Thépaut.

Les informateurs

La recherche d'informateurs n'a en général pas présenté de difficultés dans les cantons où la langue était encore très vivante au moment de l'enquête : les mairies ont été constamment sollicitées, et à diverses reprises le maire lui-même s'est prêté au jeu. Là où la langue n'était plus connue que de quelques personnes âgées (par exemple dans le Haut-Vannetais), la recherche d'informateurs a parfois été plus problématique.

La disparition de tout locuteur a rendu impossible, dans certains endroits, comme Caurel (canton de Mur-de-Bretagne), toute vérification finale. Certains des points qui figuraient dans l'ALBB, comme l'Île de Bréhat ou Bourg-de-Batz (Loire-Atlantique), étaient totalement débretonnisés dès le début de l'enquête.

Les enquêteurs ont choisi leurs informateurs de préférence parmi des gens originaires de la commune, dont les parents étaient aussi nés dans la commune. Certains ont parfois vécu loin de Bretagne pendant des années, travaillant par exemple à Paris : on constate en général que leur breton est resté excellent, parfois même plus archaïque que celui de leurs compatriotes demeurés sur place, en revanche, on n'a pas retenu les informateurs ayant résidé dans plusieurs localités différentes de Basse-Bretagne. On a aussi, dans la mesure du possible, évité d'interroger des érudits, qui tendent à rejeter de leurs réponses tout ce qui leur semble constituer des emprunts. L'informateur idéal est celui qui répond de façon spontanée, sans aucune connaissance de la langue écrite, et donc dépourvu de tout scrupule puriste.

Les matériaux figurant dans un atlas devraient, idéalement, être contemporains. Ce n'est pas possible pour une langue comme le breton, dont l'usage est de moins en moins fréquent dans la vie courante : je rappelle que je ne m'intéresse ici qu'aux parlers populaires, transmis de génération en génération depuis la nuit des temps. Dans certaines régions, comme le Trégor, des personnes de moins de cinquante ans pratiquaient encore quotidiennement la langue il y a une trentaine d'années, tandis que leurs aînés étaient presque monolingues en breton. Ailleurs en revanche, seules des personnes très âgées étaient susceptibles de parler le breton local. Bien qu'elles l'eussent parlé dans leur enfance, parfois à l'exclusion du français, elles ne le faisaient plus guère, faute d'interlocuteurs (Île de Groix, Île d'Ouessant, par exemple). Le rôle de l'enquêteur a donc consisté en ces localités à faire rejaillir des souvenirs, des mots et des tournures enfouis dans la mémoire des informateurs. Enfin, Patrick Le Besco a retrouvé à Belle-Île-en-Mer des informateurs qui avaient eu un bon contact avec le breton dans leur enfance, mais ont parlé surtout le français toute leur vie. Les résultats, évidemment éclairants, doivent néanmoins être considérés avec prudence.

Les données recueillies au cours de cette enquête concernent essentiellement les badumes, les parlers 'de chez nous'. Les bretons de l’Église, plus élaborés et plus policés, que certains informateurs considèrent comme le 'vrai breton', sont sortis de l'usage depuis une cinquantaine d'années. Seuls les locuteurs les plus anciens s'en souviennent encore.

Conduite de l'enquête

Toutes les enquêtes ont été enregistrées, de façon à ce que les transcriptions phonétiques soient faites par une seule personne. Ce principe est destiné à pallier les risques de différences dans la perception des sons par des transcripteurs différents, ce qui aurait nui à la comparativité des données : un transcripteur peut en effet distinguer avec précision certaines nuances tout en restant sourd à des traits acoustiques que d'autres perçoivent parfaitement. On trouvera plus bas un exposé critique de l'alphabet utilisé.

Les questions ont été posées de différentes façons. L'idée de départ était de suggérer au maximum, en parlant par exemples d'illustrations. Mais à l'usage, on s'aperçoit que si de nombreuses enquêtes sont menées en breton, d'autres le sont surtout en français, particulièrement dans les zones éloignées des lieux familiers à l'enquêteur, qui, bien que comprenant parfaitement les propos du témoin, n'arrivait pas à se faire comprendre spontanément de lui en un breton paraissant naturel. Certaines questions n'étaient pas assez précises : ainsi, le terme de grenouille peut se référer à la grenouille de haie ou à la grenouille d'eau. Des questions ont aussi pu être mal comprises. Le degré de précision de la réponse dépend aussi beaucoup des connaissances de l'informateur dans le domaine considéré : un forgeron répondra de façon plus précise sur le vocabulaire du cheval qu'une couturière ! Elle dépend aussi, bien évidemment, des connaissances de l'enquêteur.

Certaines réponses ont parfois été difficiles à obtenir. Curieusement, le nom du loup était donné en général spontanément, tandis que celui de la coccinelle, le pluriel de certains noms - par exemple de chatte - ou des singulatifs - comme celui de la mûre - demandaient de la réflexion...

Références

  • Les ressources de la collection déposées dans l'entrepôt COCOON
  • Jean Le Dû, Nouvel Atlas Linguistique de Basse-Bretagne. Brest : Centre de recherche bretonne et celtique, 2001. volume 1 et volume 2